Dans les coulisses du paradis blanc

Dans les coulisses du paradis blanc...
Trois fois par an, mon amie Nadine organise un spectacle interprété par les élèves de son école de chant. Toute la famille se mobilise pour donner un coup de main. Mon chéri s'occupe de la technique avec le mari de Nadine et un autre copain, à eux trois, ils gèrent le son, la lumière, les projections lorsqu'il y en a, etc...
et moi, je fais ce que je peux : j'aide à implanter le décor sorti tout droit de l'imagination de Nadine, imagination infinie chez elle :), je tiens la caisse ou contrôle les billets à l'entrée, je fais les photos, bref je fais ce que je peux, moi qui chante comme une casserole et serais bien incapable de monter sur une scène.
Le matin, on a rendez vous tôt devant la salle de spectacle, le technicien de la salle, Christian nous y attend, se demandant sans doute quelle surprise Nadine lui réserve car de spectacle en spectacle, tout progresse y compris la difficulté parfois. Pour le concert d'hier qui reprenait les meilleures chansons de Michel Berger, le challenge a consisté à se débarrasser des rideaux noirs de velours qui sont sur la scène pour les remplacer par des tissus tendus blanc en satin, à trouver les bonnes couleurs pour les gélatines des projecteurs, teintes qui harmonisées ensemble sauront créer l'ambiance douce ou chaleureuse souhaitée, sans compter la suspension de ballons blancs géants qui ont semblé flotter en l'air tels des planètes irréelles.
J'aime ce moment où l'on pénètre dans le théâtre vide et dépourvu d'âme. Peu à peu, l'ambiance s'y réchauffe (au propre comme au figuré car il ne fait guère chaud dans ce village de l'arrière-pays). On s'active, on contrôle l'état des « coulisses » qui ont plutôt l'air de deux caves aménagées. Nadine orchestre le tout, elle a tout en tête et sait exactement ce dont elle a besoin pour que ce qu'elle a rêvé prenne forme.
Juste à temps, on termine la mise en place, les garçons ont surmonté les obstacles techniques qui ne manquent jamais de se présenter, une rallonge électrique qui manque, un appareil qui surchauffe, etc...
Un ou deux essais micros, repérage des larsens dans les enceintes et tout le monde commence à arriver. Les enfants sont plutôt surexcités, les adultes ont surtout le trac, certains sont malades, enrhumés, d'autres ont des extinctions de voix, somatisation ?...
La répétition débute, Nadine indique à chacun les placements, elle leur rappelle les entrées, comment sortir, bref les règles de base pour occuper la scène. Les heures s'écoulent, on est comme hors du temps, enfermés dans le théâtre depuis le matin, on a grignoté un peu à un moment de pause.
Puis, il faut fermer les portes pour que cessent les allées et venues des gens extérieurs. J'ai pris quelques photos durant la répétition, mais beaucoup n'étaient pas habillés ou maquillés comme ils le seront sur scène.
Je m'installe à l'entrée, j'accueille les gens et leur vend les billets qui restent pour l'après-midi, Emmanuelle, une amie de Nadine, les contrôle. Peu à peu, la salle s'anime, se remplit et vibre de l'attente.
On attend les retardataires, et ça commence avec dix minutes de décalage sur l'heure prévue. Il y a plutôt des enfants venus voir leurs copains, les familles, les amis, mais aussi des habitants du village qui viennent par curiosité.
La scène est nimbée d'une lueur irréelle rendue par le blanc satiné du tissu et des drapés, sur l'écran sont projectées des photos de Michel Berger ou des images en rapport avec la chanson présentée.
Chacun joue son rôle, se met en place, les tout petits couacs passent inaperçus tellement on se laisse happer par la magie du spectacle, et l'admiration de ces chanteurs amateurs qui osent se mettre à nu devant leurs connaissances, leurs voisins, leurs clients, leurs copains de classe, etc...
Je ne m'imagine pas une seule seconde à leur place, le souffle de toute une salle suspendu à ma voix amplifiée par le micro.
Les cours de Nadine ne sont pas seulement l'apprentissage d'une technique, ou des connaissances de son corps et de ses capacités respiratoires et vocales, ce sont surtout des rencontres avec soi-même, elle agit comme un révélateur de belles âmes, et pour nous qui suivons chacun de ses spectacles de très près depuis le tout premier, on observe les progrès et surtout l'épanouissement de ses élèves.
Elle sait faire ressortir le meilleur de chacun et dans ses cours, elle donne tout et va au-delà d'un simple enseignement technique.
Ceux qui viendraient là dans l'espoir d'être sélectionné pour la star ac' ou la nouvelle star en sortiront forcément déçus, c'est tout le contraire que Nadine leur propose et sûrement qu'ils ne poursuivraient pas l'année de cours.
Il y a des tableaux que j'ai aimés plus que d'autres, la foule qui se croise et déambule pour se figer à certains instants, sur « comment lui dire » , la choré de Nadine en ombre chinoise, des duos qui font frissonner, la complicité de Doudou et de Marie-Laure, la petite voix de Quentin, la puissance de la voix de Yaëlle et de Megan en duo, la présence en scène de Fanny, Alexandra qui nous a tous scotchés sur Minopolis, l'entrain de Véronique et sa capacité à emmener la salle sans compter sa gestuelle à la France Gall...
Et puis bien sûr,
Nadine elle-même qui quand elle chante est transfigurée
et rayonne bien davantage que certaines « stars »
! Mais là, je suis une inconditionnelle alors mieux vaut ne
pas me lancer car cela risquerait de s'étaler sur des pages et
des pages
Après le spectacle de l'après midi, mi-temps qui se traduit par une pause sandwiche , buffet froid chez Nadine et Albert, débriefing du premier spectacle et relâche des tensions. Puis on y retourne pour le soir, là généralement , comme hier, la salle affiche complet. On doit même rajouter quelques chaises pour caser tout le monde.
Tout le monde est souvent plus détendu et prend plus de plaisir à chanter et à danser. L'ambiance dans la salle est aussi plus chaleureuse, le public applaudit en rythme et serait même prêt à danser !
Quand le rideau se
referme, on a le sentiment d'un rêve qui se termine, les
chanteurs ont tous des étoiles dans les yeux, ils reçoivent
les compliments de leurs proches qui sont certainement très
fiers qu'ils aient osé sauter le pas.
Pour nous, vient
le moment du démontage, plus rapide heureusement que le
montage. La salle s'est vidée, il ne reste que nous, et
Christian qui attend pour refermer. On charge les voitures, direction
la maison de Nadine et Albert pour décharger et puis aussi
prendre un dernier verre de l'amitié en se repassant les
meilleurs moments de la soirée en revue et en se racontant nos
impressions et anecdotes.
Au petit matin, on regagne notre domicile, recrus de fatigue mais aussi gonflés à bloc de joie et d'amitié et on s'endort le sourire aux lèvres tandis que résonne dans nos têtes la petite musique d'une chanson de Michel Berger.
EDIT : Il faut aussi lire http://desmotspourlecrire.mabulle.com/index.php/2008/02/04/116360-a-ecouter-sans-moderation
Par des mots pour l'écrire, Dimanche 30 Mars 2008 à 19:58 GMT+2 dans Des mots intimes (article, RSS)






